La « double peine » des ouvriers : plus d’années d’incapacité au sein d’une vie plus courte

La « double peine » des ouvriers : plus d’années d’incapacité au sein d’une vie plus courte



Paru dans Population et sociétés n° 441 de janvier 2008 (Institut National d’Etudes Démographiques, INED)

En 2003, en France, un homme âge de 35 ans peut espérer vivre encore 43 ans, dont 28 indemne de toute incapacité. Une femme : 49 ans, dont 29 sans incapacité. Mais le nombre d’années vécues avec ou sans incapacité varie selon la catégorie socioprofessionnelle : en 2003, un homme cadre de 35 ans peut espérer vivre encore 47 ans, dont 34 indemne de toute incapacité. Un ouvrier : 41 ans, dont 24 ans sans incapacité. Après 60 ans, ces différences s’accentuent. Au sein d’une vie déjà plus courte, les ouvriers vivent moins longtemps que les cadres sans incapacité. Et ils vivent plus longtemps qu’eux avec une incapacité ou un handicap.

Cette étude illustre la difficulté de notre  système de soins et de protection        sociale à prendre en compte et à              résorber les inégalités sociales            devant la santé. 

Or, l’enquête santé de 2003 est naturellement antérieure à loi du 13 août 2004 relative à l’assurance maladie, qu’on appelle aussi «réforme Douste-Blazy». Elle ne prend donc pas en compte les différentes tentatives de «responsabilisation» des assurés sociaux instaurés par cette loi, c’est-à-dire de pénalisation des malades issus de milieux modestes (qui ne bénéficient pas tous de la couverture maladie universelle). La création d’une nouvelle franchise de 50 euros par la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2008 est le dernier avatar de cette politique de «responsabilisation». Faute par ailleurs de développement des politiques de prévention, il y a par conséquent fort à parier que la situation sanitaire des ouvriers ne s’est pas améliorée depuis 2003.

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http://www.ined.fr/fichier/t_publication/1341/publi_pdf1_441.pdf